Famille du Chalard de Taveau  ·  Depuis le XIIIe siècle

Histoire du Château
de Morthemer

Huit siècles d'une saga familiale dans la Vienne

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La famille Taveau
& le Château de Morthemer

De l'artisan médiéval aux seigneurs de la Vienne, l'histoire des Taveau — devenus du Chalard de Taveau — est celle d'une famille qui a traversé les siècles sans jamais quitter les bords de la Loire. Voici leur histoire, telle qu'elle nous a été transmise.

I

Origines du nom Taveau

Le nom Taveau — dont les variantes incluent Tavard — trouve ses racines dans le terme professionnel médiéval « Tavel ». Ce mot désignait un artisan ou marchand spécialisé dans la fabrication de petits morceaux de textile ou de rubans utilisés par l'armée : les tavels servaient à attacher, border et renforcer les équipements militaires.

Ce métier, intimement lié à l'activité militaire du Moyen Âge, situe l'ancêtre fondateur de la lignée dans l'environnement direct des armées royales françaises. C'est ainsi qu'une famille d'artisans habiles se trouva au contact du pouvoir, puis progressivement au service de la noblesse.

À la fin du XIVe siècle, les Taveau étaient solidement établis dans la région triangulaire formée par Poitiers, Angers et Tours — au cœur du Poitou, alors âprement disputé entre le royaume de France et les prétentions anglaises lors de la Guerre de Cent Ans.

II

Le premier document officiel

Le plus ancien acte officiel mentionnant un membre de la famille remonte au 24 juin 1508. Ce jour-là, Jean Taveau, désigné comme écuyer, figure parmi les témoins d'un acte de mariage. Cette mention, bien qu'apparemment anodine, est riche de signification.

La désignation d'écuyer — rang nobiliaire intermédiaire entre le simple gentilhomme et le chevalier — confirme que les Taveau avaient déjà, à cette date, intégré les rangs de la petite noblesse. Leur statut social était reconnu et documenté, fruit de plusieurs générations d'ascension progressive.

Ce document illustre la trajectoire d'une famille qui, d'artisans militaires au service du roi, s'était hissée jusqu'aux franges de la noblesse d'épée en moins d'un siècle — une ascension remarquable dans une société où les distinctions sociales étaient rigoureusement codifiées.

III

La Baronnie de Morthemer

L'ajout du qualificatif « de Morthemer » à leur nom constitue un tournant décisif dans l'histoire de la famille. Les Taveau devinrent propriétaires de vastes terres et acquirent le titre de Taveau de Morthemer grâce à l'appropriation de la Baronnie de Morthemer.

La première référence connue à cette baronnie remonte à 1405, avec la mention du Cardinal de Morthemer. La famille Morthemer était d'origine normande — un indice qui renvoie aux grandes familles nobles implantées dans le royaume depuis la conquête normande du XIe siècle.

Le Roi de France saisit cette baronnie et la relocalisa dans la vallée de la Loire, l'accordant aux Taveau — probablement au début des années 1200, en récompense de services rendus à la Couronne. Cette attribution ancra définitivement la famille dans la vallée de la Vienne, près de Lussac, au sud de la Vienne.

Le nom « Morthemer » viendrait de Morte Mer — la Mer Morte — évoquant les vastes terres marécageuses du Marais Poitevin que possédaient les Taveau. Un territoire de brumes et de silence, au cœur du Poitou médiéval.

IV

Le Château dans la Guerre de Cent Ans

Le Château de Morthemer fut au cœur de la Guerre de Cent Ans (1337–1453), cette longue lutte entre les couronnes de France et d'Angleterre pour la possession du royaume. Stratégiquement positionné dans le Poitou, il changea plusieurs fois de mains au gré des avancées et des retraits des deux camps.

L'histoire du château reflète parfaitement cette période troublée : les seigneurs locaux durent naviguer avec habileté entre allégeances françaises et anglaises, selon le rapport de forces du moment, pour préserver leurs terres et leur famille.

L'épisode le plus marquant de cette période se joua le 31 décembre 1369, lorsque Sir John Chandos mourut de ses blessures au château. Descendant direct de Guillaume le Conquérant, ce grand chevalier anglais — l'un des plus renommés de son temps, cofondateur de l'Ordre de la Jarretière aux côtés d'Édouard III d'Angleterre — succomba à ses plaies après un affrontement contre les forces françaises.

31 décembre 1369
Mort de Sir John Chandos à Morthemer

Descendant de Guillaume le Conquérant et cofondateur de l'Ordre de la Jarretière, ce grand chevalier anglais meurt de ses blessures au Château de Morthemer après un combat contre les Français — un événement retentissant dans toute l'Europe chevaleresque.

V

L'Élévation Nobiliaire

La famille Taveau accéda officiellement à la noblesse grâce au statut de maires de certains de ses membres. Pendant la Guerre de Cent Ans, la Couronne de France accorda la noblesse à des bourgeois qui occupaient des fonctions municipales stratégiques, afin de préserver les grandes villes du royaume.

Deux membres de la famille se distinguèrent particulièrement et obtinrent cet honneur :

  • Guillaume Taveau, élu maire de Poitiers en 1370 — l'année même qui suivit la mort de Sir John Chandos — jouant un rôle clé dans la défense de cette capitale provinciale et dans le maintien de la loyauté des Poitevins envers la Couronne de France.
  • Pierre Taveau, maire de Niort vers 1410, consolidant l'influence de la famille sur les deux grandes villes du Poitou et assurant la fidélité de la région dans une période encore incertaine.

Cette élévation était profondément stratégique : en ennoblissant les dirigeants des villes, le roi s'assurait leur loyauté et leur engagement dans la défense du territoire. La famille noble des Taveau vécut ainsi pendant plus de cinq siècles au Château de Morthemer, près de Lussac, au sud de la Vienne.

VI

L'Alliance Royale

Le prestige de la famille atteignit son apogée en 1517, lorsque René Taveau de Morthemer épousa Marguerite de Beauvilliers. Cette union représente l'alliance la plus prestigieuse de toute l'histoire familiale.

Marguerite de Beauvilliers n'était pas une noble ordinaire : elle était descendante directe à la 10e génération de Louis IX, dit Saint Louis, roi de France de 1226 à 1270 — l'un des souverains les plus vénérés de toute l'histoire de France, canonisé par l'Église catholique en 1297. Participer à la croisade, rendre la justice sous un chêne, mourir à Tunis en 1270 : Saint Louis reste le modèle du roi chrétien idéal.

Par ce mariage, le sang royal de Saint Louis coulait désormais dans les veines de la famille Taveau de Morthemer. Cette alliance les plaçait parmi les maisons nobles les plus illustres du royaume, consacrant définitivement leur rang dans la haute société poitevine du XVIe siècle.

En épousant Marguerite de Beauvilliers en 1517, René Taveau de Morthemer liait sa maison à la descendance directe de Saint Louis, roi de France — une alliance de sang royal qui consacrait le prestige de la maison de Morthemer au sommet de la noblesse poitevine.

VII

Armoiries & Devise

Les armoiries de la famille Taveau de Morthemer comportent un heaume surmonté d'une étoile — désignée en héraldique officielle sous le terme de « molette ». Cette figure héraldique symbolise une distinction précise : la noblesse accordée pour bravoure au combat, probablement lors des Croisades ou de la campagne contre les Normands.

La molette — cette étoile à six branches percée en son centre, rappelant l'éperon du chevalier — n'est pas un ornement anodin dans le vocabulaire héraldique. Elle distingue ceux qui ont combattu avec honneur, reconnus par leurs pairs et par leur souverain pour leur courage au péril de leur vie.

La devise familiale, « Suivez l'Étoile », entre en parfaite résonance avec ces armoiries. Elle invite à suivre la voie de l'excellence, du courage et de la fidélité — les vertus chevaleresques qui ont guidé la famille à travers les siècles, de la Guerre de Cent Ans à la restauration du château en 1993.

« Suivez l'Étoile »
VIII

La Révolution & la Résilience

La Révolution française de 1789 anéantit en quelques années ce que la famille avait mis des siècles à bâtir. Les Taveau de Morthemer perdirent leurs titres, leur fortune, leur gloire et leurs terres. Comme tant d'autres familles nobles, ils durent se fondre dans la masse des citoyens ordinaires d'une République qui effaçait d'un trait les privilèges de l'Ancien Régime.

Beaucoup devinrent fermiers ou ouvriers agricoles sur les terres qui avaient été les leurs pendant cinq siècles — une ironie cruelle pour une lignée qui avait fourni des maires, des seigneurs et des alliés du sang royal.

Mais l'esprit de la famille ne fut pas brisé. Après la Restauration, certains membres reprirent discrètement leur particule nobiliaire « de Morthemer », en servant l'administration napoléonienne comme secrétaires ou trésoriers. Sans retrouver leur ancienne fortune, ils préservèrent la mémoire de leur nom et de leur histoire.

Cette résilience — cette capacité à traverser les épreuves sans perdre son identité profonde — est peut-être la plus belle leçon que les Taveau ont léguée à leurs descendants.

IX

Le Retour & la Restauration

En 1993, les descendants de la famille — désormais connus sous le nom de du Chalard de Taveau — accomplirent ce qui semblait impossible : ils rachetèrent le Château de Morthemer et entreprirent sa restauration avec passion et rigueur.

Ce retour au château ancestral ne fut pas seulement un investissement immobilier : ce fut un acte de mémoire, un geste de fidélité envers tous les aïeux qui avaient fait de ce lieu le cœur de leur existence pendant plus de cinq siècles. Chaque pierre restaurée, chaque voûte consolidée, chaque fenêtre recouvrée de lumière était un hommage à la lignée.

Fidèles à la devise « Suivez l'Étoile », les du Chalard de Taveau ont redonné vie à ce domaine médiéval, le transformant en un lieu d'exception ouvert aux grandes célébrations. Aujourd'hui, ils accueillent leurs hôtes dans un château qu'ils ont ressuscité de leurs propres mains, transmettant à chaque visiteur un peu de cette histoire extraordinaire.

1 073
Taveau en France en 2004
80%
Vivent dans la vallée de la Loire
7 573e
Nom le plus rare en France
1993
Rachat et restauration

Huit siècles en un regard

XIe – XIIe siècle
Les artisans militaires

Les ancêtres Taveau (du terme médiéval tavel, marchand de rubans textiles pour l'armée) s'établissent progressivement dans la région Poitiers-Angers-Tours.

Début XIIIe siècle (~1200)
Attribution de la Baronnie de Morthemer

Le Roi de France saisit la baronnie normande de Morthemer et l'accorde aux Taveau, ancrant définitivement la famille dans la vallée de la Vienne.

31 décembre 1369
La mort de Sir John Chandos

Descendant de Guillaume le Conquérant et cofondateur de l'Ordre de la Jarretière, le grand chevalier anglais meurt de ses blessures au château après un combat contre les Français.

1370
Guillaume Taveau, maire de Poitiers

Première élévation nobiliaire : Guillaume Taveau est élu maire de Poitiers, obtenant la noblesse pour service stratégique rendu à la Couronne pendant la Guerre de Cent Ans.

Vers 1405
Première référence écrite à la baronnie

La baronnie de Morthemer est citée pour la première fois dans un document officiel avec la mention du Cardinal de Morthemer.

Vers 1410
Pierre Taveau, maire de Niort

La famille consolide son influence sur le Poitou : Pierre Taveau devient maire de Niort, renforçant le rayonnement des Taveau sur les deux grandes villes de la région.

24 juin 1508
Premier acte officiel

Jean Taveau, écuyer, est cité dans le plus ancien document officiel conservé — preuve de son statut nobiliaire établi et reconnu.

1517
Alliance royale : René & Marguerite de Beauvilliers

René Taveau de Morthemer épouse Marguerite de Beauvilliers, descendante directe à la 10e génération de Saint Louis, roi de France — l'apogée du prestige familial.

1789 & après
La Révolution, puis la résilience

La Révolution dépouille les Taveau de leurs titres et terres. Devenus fermiers, certains reprennent discrètement leur particule sous Napoléon, en servant l'administration impériale.

1993 — Aujourd'hui
Le retour des du Chalard de Taveau

Les descendants, désormais les du Chalard de Taveau, rachetèrent le château et le restaurèrent avec passion. Fidèles à la devise « Suivez l'Étoile », ils perpétuent aujourd'hui une tradition familiale vieille de plus de huit siècles.

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Célébrez votre mariage dans ce lieu qui a traversé les siècles, porteur de l'âme de la famille du Chalard de Taveau depuis le XIIIe siècle.

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